De
l'importance d'un minimum de préparation...
(ou
« Pfff... mais laisse-donc ton sac à dos dans
la bagnole, on va juste aux champignons !!! »...
)
Comment
commencent les situations de survie ? Comme Cody Lundin (98.6
degrees, The Art Of Keeping Your Ass Alive), je préfère
me demander comment il est possible qu'elles ne commencent pas.
Pas plus souvent, en tout cas. Boussoles déréglées,
orages soudains, brouillard de montagne, itinéraires mal
balisés, erreurs de navigation, pannes mécaniques
au milieu de nulle-part, coups de chaleur, vipères en pleine
mue, sangliers grognons, sources à sec, accidents bêtes,
mauvaise condition physique... Il existe tellement de facteurs de
risque qu'on peut réellement se demander non pas « si »
on va un jour se retrouver dans une situation d'urgence dans la
nature, mais plutôt « quand ».
On aime dorlotter l'idée que la forêt et la montagne
ont été aseptisées, nettoyées et sécurisées
pour nous. C'est le cas par endroits, peut-être, mais heureusement
pas partout.
Un
document de Jeunesse et Sports (http://www.jeunesse-sports.gouv.fr/dp/dp_secumontete2002.PDF)
nous indique que : « ... au cours de l’été
2001, 2295 interventions ont été effectuées
par les services de secours en montagne, pour le compte de 2922
personnes dont 1526 blessés et 87 personnes décédées ».
Ce sont là les chiffres officiels, ne tenant pas compte de
tous ceux qui l'ont simplement échappé belle, ni de
tous ceux qui ont dû ou pu se débrouiller
seuls.
Aseptisée,
la nature ? Pas si sûr. Le risque existe.

Dessin © Philippe Gady
Quand
on parle des risques liés aux activités de plein air,
on revient presque mécaniquement à la bonne vieille
loi de Murphy : « if anything can go wrong,
it will ». Autrement dit : « si
une seule chose peut aller de travers, elle va finir par
aller de travers ». Les mères connaissent ce principe
instinctivement (ou plus probablement par expérience). La
mienne, dans son infinie sagesse, ne me disait jamais « fais
attention ». Elle me disait plutôt « attache
tes lacets », ou « ne laisse pas
ton verre au bord de la table, tu vas finir par l'accrocher ».
Elle me poussait sans arrêt à structurer mon environnement
pour que je n'aie pas besoin de faire attention. Elle me connaissait
bien, et savait que de toute manière, faire attention ne
faisait pas partie de mon univers mental. Voulant me préserver
de ma propre inattention, elle s'arrangeait donc pour que rien ne
dépende de mon niveau d'attention, qui était
loin d'être infaillible.
Marcher
dans une pente verglacée à 55 degrés d'inclinaison
est, en soi, un défi permanent à la loi de Murphy.
Chaque pas est un test. Chaque crampon qui s'enfonce dans la glace
est un bras d'honneur à la gravitation. Tout, dans ce genre
d'activité, est structuré de manière à
attirer la catastrophe... et seule l'attention et la technique de
l'alpiniste (et ses crampons, bien sûr) font la différence
entre un pas de plus et une glissade... Selon la loi de Murphy,
donc, si n'importe quel apliniste pouvait pratiquer ce genre de
marche éternellement, tôt ou tard il tomberait. Les
crampons, la technique, la glace et l'attention ne sont pas —
pour aucun d'entre eux — des éléments totalement
infaillibles. Ce n'est donc, statistiquement, qu'une question de
temps avant que la glissade ne survienne. Le tout est de s'arranger
pour que la traversée de cette vire verglacée soit
terminée avant la glissade inévitable...
Inutile,
évidemment, d'être alarmistes et de dépeindre
la nature comme un environnement hostile et dangereux. La nature
est simplement ce qu'elle est : un endroit où tout est
possible et où la responsabilité de notre propre bien-être
ne dépend de personne d'autre que de nous-mêmes. À
nous d'éviter de faire des erreurs. À nous d'éviter
de prendre des risques inutiles (à moins qu'on aime ça...
chacun son truc). À nous, aussi, de nous préparer
à faire face aux sautes d'humeur de la météo,
aux erreurs de navigation, aux chevilles tordues, etc.
Évidemment,
ça nous fait un peu drôle... Nous qui sommes habitués
à ce que tout danger soit signalé, à ce que
que tout risque soit maîtrisé. Et tout risque non-maîtrisé
justifie une action en justice. Il faut un responsable... pour tout.
Nous avons l'habitude de tourner un thermostat pour avoir plus chaud,
et de le tourner dans l'autre sens pour avoir moins chaud. Nous
buvons une eau claire et sûre (à défaut d'être
pure), que nous avons à notre disposition n'importe quand.
Nous considérons comme normal que la viande arrive, déjà
découpée et pourtant encore fraîche, dans un
emballage plastique, et que les fruits soient propres, sucrés
et juteux, et disponibles toute l'année... Pour beaucoup
de gens, le simple fait de se retrouver en montagne, un matin, sans
papier de toilette est le prétexte au début d'un psychodrame.
Nous dormons dans des abris en béton imperméables
et sécurisés, que nous mettons des années à
payer... Bref, nous sommes des êtres coupés de la nature.
Enfin pour la plupart... Pas tous... Peut-être pas vous...
Vous fâchez pas...
Un
fait, cependant, demeure : la liberté quasi-totale que
nous pouvons retrouver dans la nature se troque contre un engagement
plus grand, et un niveau de responsabilités plus élevé
par rapport à notre propre sécurité, et à
notre propre bien être. J'aime les grands espaces. J'aime
la liberté, les vires escarpées et les contrées
enneigées par -45°C. Pourtant, je sais que quand je m'engage
seul sur une vire un peu glissante, je suis le seul à pouvoir
m'éviter une chute mortelle. De même, lorsque je suis
loin de tout, je sais que je devrai faire face tout seul à
un blizzard soudain ou à une entorse du genou, ou à
un coup de fatigue... Pour moi, il n'est pas question d'abandonner
ma liberté et mon indépendance contre la quiétude
et l'absence de responsabilités. C'est un choix. Et ce choix
me pousse, tout simplement, à me préparer à
faire face à un certain nombre de problèmes possibles.
Les
facteurs de risques qui causent des accidents ou coûtent des
vies, en forêt, sont souvent des éléments très
peu dangereux pris isoléments. En coordinant leurs efforts,
par contre, deux ou trois de ces petits riens peuvent vite nous
attirer des ennuis. Un guide de haute montagne expérimenté
était ainsi parti en ski de randonnée dans une poudreuse
magnifique, un jour de janvier. À la montée, dans
un corridor beaucoup trop étroit pour être skiable
à la descente, une de ses peaux de phoque a cédé.
Impossible de continuer à monter, et impossible de redescendre
à skis. Il a donc commencé à descendre à
pied, dans la poudreuse jusqu'aux aisselles. Retardé de plusieurs
heures, il a été pris dans un blizzard, qui était
annoncé pour la nuit... Son expérience et des techniques
de survie de base l'ont sauvé : au lieu de paniquer,
et voyant la tempête se lever, il a creusé une terrier
dans la neige à l'aide de sa pelle ARVA, et il a ainsi passé
une nuit relativement confortable dans les -1°C de son abri,
alors que dehors la tempête faisait rage et que le mercure
tombait sous les -20°C (sans le facteur de refroidissement éolien).
Ces
textes n'ont pas pour but de vous faire replonger subitement à
l'âge de pierre, ni de vous faire connaître tout le
plaisir fraternel et viril d'un stage de survie du genre « commando ».
Je suis personnellement un être assez... bourrin rustique,
mais je comprends très bien que ça n'intéresse
pas tout le monde. À chacun de fréquenter la nature
comme il ou elle le souhaite, à son rythme et avec le niveau
de confort voulu. Pourtant, qu'on le veuille ou non, les accidents
arrivent, et les gens s'égarent, et les GPS tombent en panne,
et certains ligaments croisés antérieurs se rompent
à 5 heures de marche du village le plus proche (15 heures
à cloche-pied, quoi). Et là, nous sommes subitement
livrés à nous-mêmes, pour une période
plus ou moins longue (avant que la civilisation ne vienne à
nous, ou que nous ne revenions à la civilisation). Pendant
ce laps de temps très particulier, personne à part
nous ne peut subvenir à nos besoins. C'est très
exactement cet intervalle que je définis comme étant
une situation de survie. Notre vie sera peut-être mise en
danger... ou peut-être pas. Mais une chose est certaine :
durant cet intervalle, nos devront nous débrouiller avec
les moyens du bord. Autant, donc, se préparer un peu.
Se
préparer pour une randonnée est une habitude à
prendre. Quelques petits trucs simple peuvent nous éviter
le pire, en forêt, en montagne ou ailleurs...
- Préparez
vos itinéraires soigneusement, en tenant compte des
difficultés du terrain, du niveau d'expérience et
de la condition physique de tous les membres de votre groupe.
Prenez des informations fiables avant de partir (météo,
conditions sur le terrain, recommandations, etc.), et préparez-vous
en conséquence. Ne faites pas comme ces dizaines de skieurs
et de randonneurs qui meurent bêtement, happés par
une avalanche un jour où on indique un risque avalanche
de 5/5 : respectez les consignes et les recommandations
fournies par les professionnels du terrain. Loin de vouloir
vous priver de votre liberté, ces derniers se donnent pour
mission de vous fournir des jours de liberté en plus...
- Méfiez
vous des « petites ballades ». La plupart
des gens se perdent dans des endroits qu'ils connaissent bien
et qu'ils fréquentent régulièrement. Les
recherches sur le comportement des personnes perdues montrent
bien qu'il ne faut pas une grande forêt pour se perdre.
Statistiquement, les personnes disparues sont souvent retrouvées
dans un rayon de moins de 2,5 km de l'endroit où elles
auraient dû être (Kenneth Hill, 2001). Ne négligez
pas trop votre préparation sous prétexte que « ça
n'est qu'une petite ballade » (bon, ok, pas besoin
d'emmener votre kit de survie complet pour sortir les poubelles
non plus, restons dans le domaine du bon sens !)...
- Avant
de partir, prévenez toujours au moins une personne
de confiance de votre départ, en lui donnant pour
mission d'appeler les secours si vous manquez à l'appel
en temps venu.
- Portez
toujours des vêtements adaptés au climat que
vous rencontrerez tout au long de votre parcours, et prévoyez
le pire... En partant, demandez-vous si vous pourriez survivre
à une nuit dehors avec les vêtements et éventuellement
l'équipement que vous transportez. Ne vous fiez pas à
un ciel radieux ou aux températures douces qui prévalent
au moment de votre départ. Le temps change parfois vite,
surtout en montagne...
- Prévoyez
de l'eau en quantités suffisantes, et ayez avec vous
de quoi purifier l'eau que vous trouverez sur le terrain.
- Emportez
avec vous un minimum d'équipement de survie, sur lequel
vous pourrez vous replier si besoin est. Fabriquez, modifiez et
testez ce kit vous-même, en fonction de vos besoins spécifiques.
- N'emportez
pas ces textes avec vous ! Ces textes ne sont pas un
manuel de référence conçu pour le terrain.
Dans une situation d'urgence, il est un peu tard pour commencer
à lire, à apprendre ou à vous entraîner
à poser les gestes de base qui vous sauveront... Prenez
le temps de lire ces textes avant de partir (c'est ce que vous
faites, je sais !), et surtout prenez le temps de tester
par vous-même les techniques et les principes qu'ils contiennent.
Une bonne préparation commence par là... car même
le meilleur des livres ne remplacera jamais l'expérience
sur le terrain. Sortez, et construisez des abris, allumez des
feux, trouvez de l'eau douteuse et entraînez-vous à
la purifier, puis buvez là ! Passez, aussi, du temps
en forêt... habituez-vous simplement à l'idée
d'être là, seul(e)... Bref, sortez de chez-vous,
et faites-le. En passant ainsi de la théorie à
la pratique, vous assimilerez mieux les informations, et vous
passerez un bon moment, croyez-moi.
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Cogitations :
• Quels
sont les dangers réels dans la nature, en France (métropolitaine)?
Les monstres, les
vampires et les loups garous n'ont qu'à bien se tenir...
Dernière MAJ : 4 avril 2008 - corrections dans la partie sur les
vipères !
• Les priorités en survie
Un texte assez court
sur ces choses vraiment importantes pour survivre...
Dernière MAJ :
17 mars 2006
• Voir
des animaux
Quelques trucs pour
faire de belles rencontres en forêt...
Dernière MAJ :
23 août 2005
• Le
feu par friction... oui mais !
Dernière
MAJ :
18 août 2005
• De
l'importance d'un minimum de préparation
... ou « Pfff
! Mais laisse ton sac à dos dans la bagnole, on va juste aux champignons !!! »
Dernière MAJ :
17 août 2005
Physiologie :
• L'acclimatation au
froid
Ou apprendre à
se peler le cul avec classe ;)
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'hypothermie
Les 4 étapes
de la descente aux enfers...
Dernière MAJ :
21septembre 2005
• L'importance
de l'eau en toutes circonstances
Ce qui manque au
bonheur de pas mal de gens, c'est un litre d'eau.
Dernière MAJ :
3 septembre 2005
• L'effet chimpanzé
Stress et survie
Dernière MAJ :
17 août 2005
Équipement :
• Les couvertures de survie
Enfin... façon
de parler...
Dernière MAJ :
17 août 2005
• Le couteau
'Tranchons' une
bonne fois pour toutes !!!
Dernière MAJ :
17 août 2005
Divers :
• Les
tiques et la maladie de Lyme
Un danger mal connu...
Dernière MAJ :
17 août 2005
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