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Auteur Sujet: [Actu-récit] Perdu 3 mois en forêt, il mange son chien  (Lu 2915 fois)

24 novembre 2014 à 20:06:17
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Icemelody


Impressionnant récit

Certains soirs, dans la tente, Rocky faisait de terribles crises de panique. Il se raidissait, cherchant son souffle, les yeux exorbités. Ces soirs-là, Marco Lavoie le serrait très fort dans ses bras. Il le caressait doucement pour le calmer. C'était son berger allemand. Et, de loin, son meilleur ami.

L'homme et son chien étaient seuls au monde, perdus depuis deux mois dans une contrée sauvage du Nord-du-Québec.

L'expédition avait tourné au désastre. Ils étaient tous les deux affamés, frigorifiés. Presque morts. Les crises de Rocky étaient de plus en plus fréquentes, de plus en plus inquiétantes. Marco Lavoie en avait pitié. Il avait du mal à le calmer. « Quand je n'ai plus eu la force de le nourrir, je me suis dit que tant qu'à le laisser souffrir... j'ai abrégé ses souffrances. »

Il l'a tué d'un coup de carabine.

Et il l'a mangé.

C'était il y a plus d'un an, le 11 octobre 2013. Depuis, il n'y a pas une journée où Marco Lavoie n'a pas pensé à son chien. Aujourd'hui, l'homme de 45 ans revient sur l'événement qui a bouleversé sa vie, en entrevue exclusive avec La Presse. Et répond à ses critiques.

Son histoire a fait le tour du monde. Elle a alimenté les rubriques insolites jusqu'au fin fond de l'Afrique. Ses actions lui ont valu un tsunami de commentaires dégoûtés. « Ils doivent euthanasier ce gars pour avoir mangé son chien », a craché un auditeur de tribune radiophonique. « Je préférerais manger mes propres membres que mes chiens », a écrit un internaute dans le Huffington Post. Ils ont été nombreux à déclarer que jamais, au grand jamais, ils ne mangeraient leur cher toutou.

Ils ne savent pas. Ils ne peuvent pas savoir.

Marco Lavoie aimait son chien. Profondément. « C'était comme mon enfant. Je suis un solitaire de nature, je vivais seul en appartement, avec lui. Il m'accompagnait partout, même au travail, dans mon petit bureau. Quand des amis m'invitaient à souper, ils savaient que le chien viendrait avec moi... On était toujours, toujours, toujours ensemble. C'était un compagnon de vie, ce n'était pas rien qu'un chien. »

Marco Lavoie planifiait son expédition de canot depuis trois ans. Il avait l'expérience des longues randonnées en pleine nature. Cette fois, il comptait partir deux mois en solitaire, descendre à son rythme les 230 kilomètres de la rivière Nottaway, au nord de Matagami, jusqu'à la baie James. Pour la liberté. Pour la solitude, aussi. Pour fuir la foule, oublier la machine.

Il a mis son canot à l'eau le 17 juillet. Trois semaines plus tard, un ours a attaqué son campement. L'animal a déguerpi avec son baril de provisions. Marco Lavoie ne s'est pas inquiété. Il avait encore son matériel, des trappes, deux carabines pour chasser. Il a continué sa descente.

Plus tard, il s'est blessé à une cheville. Les rapides étaient violents sur la rivière et le portage, difficile sur les berges escarpées. Marco Lavoie a décidé de s'arrêter un mois, le temps que sa blessure guérisse. Impossible de faire autrement.

Il ne paniquait pas, convaincu qu'il pourrait bientôt reprendre sa route. Jusqu'à ce qu'une mauvaise chute lui brise le coccyx. « C'était fini, je ne pouvais plus bouger. Quand je tentais d'enjamber quelque chose, c'était douloureux, pas endurable. Je fouillais autour du campement et je mangeais ce que je trouvais, des champignons, du lichen, des écureuils, des perdrix. Mais je ne trouvais pas assez de nourriture pour compenser l'énergie que je dépensais pour la chercher. Ça ne marchait pas. Je me voyais dépérir. »

Il n'avait plus d'allumettes, plus de feu. Ses bottes étaient gelées. Alors, il est passé en mode survie, obsédé par une seule idée : limiter au maximum sa dépense d'énergie. « C'était vivre ou mourir. À chaque décision que je prenais, c'est ma vie qui était en jeu. »

Il n'avait plus que la peau sur les os. Comme un prisonnier d'Auschwitz. Il avait perdu 81 livres, presque la moitié de son poids. Il s'est mis à réfléchir à la mort. À ses deux enfants de 24 et 22 ans. « Je pensais à tout ce que j'allais perdre. Je ne verrais pas mes petits-enfants, je ne serais pas là pour eux. Être affamé, c'était moins souffrant que cette pensée. »

Mais le pire, ç'a été Rocky, admet-il. « Quand je l'ai tué, ce n'était pas pour le manger, c'était pour mettre fin à ses souffrances. Ensuite, tant qu'à mourir... j'allais mourir aussi, alors je l'ai mangé. Ça n'a pas été facile. »

***

Pas facile, mais pas étonnant non plus, du moins aux yeux des experts en survie en forêt. « Quand ton corps en est rendu à manger ses propres protéines, que tu vois tes muscles dépérir parce que tu les manges par en dedans, tu peux manger n'importe quoi. N'importe quelle nourriture, ça passe, à ce point-là », dit André-François Bourbeau, fondateur du Laboratoire d'expertise et de recherche en plein air à l'Université du Québec à Chicoutimi.

M. Bourbeau rappelle que l'histoire du Canada est pleine d'explorateurs du Grand Nord forcés de manger leurs chiens de traîneaux. Il doit s'écouler de 35 à 40 jours de jeûne avant qu'un être humain ne se décide à ingurgiter ce qui, en temps normal, le rebuterait. Mais, une fois franchie cette limite, tout le monde le fait. « N'importe qui sur Terre va manger n'importe quoi avant de mourir. Personne n'y échappe. C'est documenté. Dans la littérature, il y a une vingtaine de cas de naufragés qui ont mangé leur propre conjoint. »

M. Bourbeau estime que Marco Lavoie a pris une décision rationnelle, la seule possible. Cela ne la rend pas moins déchirante. « C'était certainement l'une des pires décisions qu'il ait eu à prendre de sa vie, dit-il. C'est un drame épouvantable, et on n'a pas à le juger ni à monter sur ses grands chevaux parce que dans nos sociétés, c'est considéré comme une pratique inacceptable. »

Sur le web, Marco Lavoie a épluché les commentaires acerbes des internautes. Un exercice qui ne l'a pas laissé indemne. « Ça m'a perturbé, parce que les gens critiquent sans savoir ce qu'ils disent. Ils sont assis dans leur salon, le frigidaire plein. Moi, j'étais en mode survie pendant 86 jours, sans nourriture, à me débrouiller. Je n'avais pas beaucoup d'options. »

Il en veut aussi aux journalistes qui ont déformé, amplifié ou carrément inventé des bouts de son histoire. « Ils ont dit que j'avais tué mon chien avec une roche. C'est faux. Ils ont dit que je l'avais tué après trois jours, après l'attaque de l'ours. C'est faux. Je l'ai tué après 60 jours parce que je n'étais plus assez fort pour le nourrir. »

***

Marco Lavoie dénoue sa cravate et tire le collier qu'il porte sous sa chemise blanche. On dirait un collier traditionnel amérindien. Au bout d'une lanière de cuir pendent trois larges crocs : ceux de Rocky. « C'est tout ce qui me restait de lui. » En souvenir de son chien, et peut-être aussi en hommage, il le porte en permanence.

« Souvent, je me demande s'il aurait tenu 20 jours de plus, jusqu'à l'arrivée des secours. Peut-être que oui, mais alors, c'est moi qui n'aurais pas duré. C'était l'un ou l'autre. » En mourant, Rocky lui a sauvé la vie.

Marco Lavoie ne regrette pas son geste. Parce que ce serait regretter d'être en vie. Mais il est triste, immensément triste. Il n'a pas fait son deuil. « Tout me fait penser à lui : un écureuil, parce que les écureuils le rendaient fou; un chien qui sort la tête d'une voiture; la première neige qui vient de tomber, parce qu'il adorait jouer dans la neige. C'est comme si j'avais perdu un enfant. Je pense au plaisir qu'on aurait eu ensemble, mais qu'on n'aura jamais plus. Un jour, je vais le remplacer, mais la barre est haute. C'était plus qu'un chien. »

http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/faits-divers/201411/24/01-4821815-perdu-en-foret-3-mois-cetait-vivre-ou-mourir.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_hotTopics_sujets-a-la-une_1664122_accueil_POS1

25 novembre 2014 à 08:40:39
Réponse #1

Buffalo


Le jugement des gens est terrible, pourquoi vouloir "euthanasier" ce pauvre homme qui a tant souffert, avoir tuer son chien est pour lui la pire chose qu'il ait eu à faire dans sa vie, certes cela lui a sauvé la vie mais cela va lui pourrir l'existance, et, on n'a pas condamné à mort les survivants du vol qui s'était crashé dans les Andes.
Pour ma part j'aimerais rencontrer ce gars qui ne doit pas être le premier venu et qui je trouve à un mental bien au dessus de la moyenne. Respect.
Christian
Je cause pas aux cons, ça les instruit "Audiard"

25 novembre 2014 à 09:32:52
Réponse #2

Tompouss


J'essaie de me mettre à la place de cet homme, si j'avais eu à tuer ma chienne ça me rend triste vraiment triste.

A sa place aurais-je eu le courage d'abréger les souffrance de mon chien, ma seule compagnie ? Peut être aurais-je été égoïste et voulu la garder encore auprès de moi ?

Aurais-je ensuite mangé sa dépouille ? Autant ne pas laisser une vie se perdre en vain non, surtout si ça peut en sauver une autre ?

Bref après une brève introspection j'ai du mal à comprendre certaines réactions à son égard, j'aurai plutôt tendance à l'admirer pour avoir pensé au bien se son chien avant le sien (abréger les souffrances de cet animal qui était probablement sa seule source de réconfort et compagnie) et avoir trouvé le courage et la force de ne pas laisser la vie de cet animal se perdre en vain. Mes respects et toute ma compassion à cet homme.
Everybody swears that they are solid, but ice is solid too... until you put some heat on it.

25 novembre 2014 à 09:37:30
Réponse #3

musher


Ces mêmes gens qui veulent euthanasier cet homme vont laisser mourir à petit feu leur "Youki" parce qu'ils n'ont pas le courage de l'emmener chez le véto pour le laisser partir dignement.

Cet homme a eu le courage d'abréger les souffrances de son chien, quitte à rester seul ensuite.

Après qu'il l'ai mangé et que son chien lui ai permis de survivre : C'est pas en laissant pourrir son cadavre au lieu de le manger que ça aurait ramener à la vie son chien.

25 novembre 2014 à 13:50:46
Réponse #4

Greed


L'article remet pas mal les idées en place.
Bon rétablissement physique et psychique à ce mr.

25 novembre 2014 à 15:17:47
Réponse #5

Draven


J'ai vraiment du mal a comprendre les réactions des gens parfois...

Cet homme a fait preuve d'un grand courage pour réussir a sortir de cette situation ( et d'un gros coup de bol de la part des secours a priori... mais vu l'accumulation de malchances avant, ça équilibre... ), et ils arrivent a le juger, du fond de leur canapé ou derrière un écran...
Il a du subir un véritable calvaire a faire ce qu'il a fait, et c'est en rien comparable aux chiens de certaines expéditions arctiques qui dès le début était comptabilisé a la fois comme moyen de locomotion mais aussi comme " viande fraiche ".
La il a du dire au revoir a son seul ami, avec qui il avais déja un énorme passé, et dont l'amitié avais encore été renforcer par les épreuves subies les jours précédents...

Le (court) récit prend aux tripes  :'( :'(
Version humaine de l'Ursus arctos middendorffi
FlickR

25 novembre 2014 à 15:49:22
Réponse #6

Newik


Je rejoins vos réactions. Le récit prend aux tripes :'(

Quand aux moralisateurs de canapé dont ce monsieur n'avait pas besoin d'être victimes... n'en parlons pas.

Déjà que ce fut une épreuve d'emmener mes chiens chez le véto quand leur heure était venue, mais devoir tuer son ami de ses propres mains je n'imagine même pas. Il lui a fallu un courage énorme.

25 novembre 2014 à 15:54:15
Réponse #7

musher


mais devoir tuer son ami de ses propres mains je n'imagine même pas. Il lui a fallu un courage énorme.

Ou un TRES grand amour pour son chien : faire passer le bien être de son chien avant le sien, jusqu'au bout.


25 novembre 2014 à 16:04:21
Réponse #8

cbounemouette


J'éprouve également le plus profond respect pour  cet homme et l'acte de courage dont il a fait preuve.

J'imagine en plus que les critiques viennent de gens qui ne voit pas de problème a laissé un chien seul dans le garage pendant les deux semaines de vacances, avec simplement une visite 1/4 d'heure de la voisine matin et soir pour les besoins, parce que vous comprenez : "la location n'accepte pas les chien..." (exemple véridique, juste pour illustrer qu'une fois de plus, la maltraitance ne se trouve pas toujours la ou l'opinion moralisatrice du grand public voudrait bien la voir...) mais je m'égare.

Bref, bon courage a cet homme qui n'avait probablement pas mérité tant de malheur.

25 novembre 2014 à 17:42:24
Réponse #9

Nirgoule


C’est là que l’on voit nos sociétés se ramollir et partir en vrille. Oui certains préfèrent leurs animaux aux hommes. Pourquoi as-tu tué cette mouche ? Bah parce qu’elle me tourne autour et ça m’agace. Elle ne t’avait rien fait de mal pourtant ? :huh:

Et pendant ce temps là, les chinois élèvent, bouffent du chien et ont 10% de croissance.
"Vous les français vous ne doutez jamais de rien."
"Je doute toujours mais je ne désespère jamais." Maigret

25 novembre 2014 à 18:40:42
Réponse #10

Loriot


C’est là que l’on voit nos sociétés se ramollir et partir en vrille. Oui certains préfèrent leurs animaux aux hommes. Pourquoi as-tu tué cette mouche ? Bah parce qu’elle me tourne autour et ça m’agace. Elle ne t’avait rien fait de mal pourtant ? :huh:

Et pendant ce temps là, les chinois élèvent, bouffent du chien et ont 10% de croissance.

 :down:
Je ne vois aucun rapport avec la choucroute?!
Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le c..

25 novembre 2014 à 20:40:13
Réponse #11

hyppocampe09


Bonsoir

personnellement, je comprends la souffrance de cet homme. Ayant moi même une relation fusionnelle avec mon chien. Si ( et on pourrait mettre l île de France en bouteille), si cette situation extrême devait m arriver, je le ferais ! :(
je pense que le chien est prêt a tout moment, sans compter de sacrifier sa vie pour nous. ( bien que je pense que de nous deux, c est lui qui a le plus d aptitude pour s en sortir).
C'est impossible dit la fierté, c'est risqué dit l'expérience. C'est sans issue dit la raison, mais essayons murmure le coeur.

26 novembre 2014 à 17:11:53
Réponse #12

setrus


C'est horrible.
J'imagine que les gens qui ont eu des propos si durs envers cet homme qui a vécu un tel drame n'ont pas forcément suivit "l'histoire " jusqu'au bout, d'autant plus que les médias ont une fois de plus travestis les faits...

A-t-il bien fait de tuer son chien, dans ces conditions? Oui, je le pense.
S'il l'avait laissé en vie, ils auraient souffert tous les deux, et seraient probablement morts. Ou son chien aurait pu l'attaquer, rendu dément par la faim.
De même, s'il avait choisit de mettre fin à ses jours pour préserver son chien (supposition fantaisiste hein), rien ne lui aurait permis d'être sur que celui ci survive pour autant.

Citer
Et pendant ce temps là, les chinois élèvent, bouffent du chien

Je ne vois pas trop le rapport. Mais sans aller aussi loin, il parait que des paysans suisses font des saucisses de chien et des ragouts de chat. Et en période de disette et privation, tous les peuples ont mangé... de tout.


Je me pose quelques questions cependant :

-son baril de vivres, c'était bien pour combler les carences de son alimentation, et être aussi la justement pour lui permettre de survivre en cas d'accident?

-comment font les secours pour retrouver un individu dans ce cas la? Ils lancent l'alerte lorsque le délai de voyage est dépassé, puis ils "remontent la piste"?
J'imagine qu'il n'y a pas de réseau dans ces coins, mais les "randonneurs" ne devraient ils pas disposer de téléphones satellite ou de balises GPS?


26 novembre 2014 à 20:27:38
Réponse #13

Galileo


La même histoire ou presque était arrivée a l explorateur Benedict Allen en 1985 et malheureusement réactions identiques de la part des "bien pensants". 

Son aventure a fait l objet d'un documentaire dans la série I Shouldn’t Be Alive en 2010 ( http://www.imdb.com/title/tt2014712/?ref_=ttpl_pl_tt )

http://www.theguardian.com/money/2011/oct/07/benedict-allen-my-greatest-mistake
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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